Guide collection
Commencer sa collection
Art contemporain de Méditerranée et d’Afrique : par où commencer
Par où commence une collection ? Par un savoir, ou par une adresse que l’on se passe entre initiés ? Le plus souvent, elle commence devant une toile que l’on ne parvient plus à quitter des yeux, dans une foire ou dans un atelier, et l’on comprend après coup que quelque chose a commencé là, avant même que la question du prix ne se pose.
Longtemps, le marché de l’art a tenu ce moment à distance. Les prix ne s’affichaient pas, et celui qui entrait pour la première fois devait deviner seul des usages que personne ne prenait la peine d’expliquer. Or il y a deux récits pour une même œuvre, celui de la cote et celui de l’œuvre, et le premier n’a jamais eu besoin du nouveau venu pour se raconter. Le second commence avec quiconque s’arrête devant elle.
Collectionner, c’est choisir de vivre avec des formes qui nous interrogent, bien plus que d’habiller un mur, et qui changent dans notre regard à mesure que les années passent. Et c’est un geste qui dépasse celui qui le fait, puisqu’il soutient un artiste au moment où cela compte et permet à une œuvre de circuler au-delà de l’atelier, dans l’économie de toute une scène.
L’œil se forme en marchant, d’une exposition à l’autre, bien plus que dans les livres. Encore faut-il savoir que l’on peut entrer, et c’est pour cela qu’Armature existe : rendre l’entrée lisible. Nous écrivons le prix à côté de chaque œuvre, arrêté avec l’artiste, sur ce site comme sur Artsy, et nous gardons toujours des œuvres à la portée d’un premier achat, parce qu’un collectionneur commence quelque part, et un artiste aussi.
Sur les scènes de Méditerranée et d’Afrique, les deux se rencontrent souvent au même moment, au début d’une trajectoire que l’on peut suivre exposition après exposition, puisque nous en tenons pour chaque artiste la liste datée. On peut le rencontrer dans son atelier avant de voir ses œuvres en foire, et comprendre d’où vient une toile avant de se décider. Et quand le choix est fait, l’œuvre part avec son certificat et rejoint, assurée, le mur qu’on lui destinait, sans qu’on ait eu à s’occuper d’autre chose que de la choisir.
On sous-estime à quel point une première œuvre change la manière de regarder toutes les autres : on s’arrête plus souvent, on distingue mieux ce qui tient de ce qui passe, et une collection se construit ainsi, à la vitesse d’une vie de regard, comme un marché se construit à celle d’une vie de travail.