Menart Fair Paris 2026

Verdict

Sirin Boubaker

· Galerie Joseph-Turenne, 116 rue de Turenne, 75003 Paris · Stand R5 · Secteur Revealing

Du 23 au 25 octobre, Armature présente Sirin Boubaker en solo à Menart Fair Paris, secteur Revealing, stand R5. Verdict réunit des toiles peintes entre 2024 et 2026 et encore jamais exposées, où des figures installées dans des paysages paisibles portent des têtes d'oie ou de cygne noir, ou des crânes, sans que personne, dans le tableau, ne s'en étonne. Vernissage le jeudi 22 octobre, en présence de l'artiste.

Prendre rendez-vous
Verdict

Pour sa septième édition, Menart Fair Paris pose à toutes ses galeries une question, « Where is Home ? », et Armature y répond avec Sirin Boubaker, née en 1993 à Kalaat el-Andalous, formée aux Beaux-Arts de Nabeul, installée à Lyon après un passage par Paris, dont la pratique tient de la peinture comme du collage, du photomontage et du cyanotype sur textile.

On entre dans ces toiles par la couleur, et l'artiste le sait, qui décrit elle-même le piège : « on entre dans l'image par quelque chose de séduisant, puis on découvre que quelque chose ne va pas ». Les paysages sont faits de bandes de lavande, de rose, de vert d'eau et de bleu ciel posées à plat, les figures sont cernées d'un trait, et des lignes de dessin blanches, laissées apparentes, rappellent que tout cela est construit. Il y a là quelque chose du Douanier Rousseau et de sa Bohémienne endormie, où un lion flaire une dormeuse sous la lune sans que la facture lisse du tableau trahisse le moindre danger, car chez Sirin Boubaker comme chez Rousseau la menace est peinte avec la même tranquillité que le reste.

Viennent ensuite les têtes, que l'artiste pose sur des corps nus ou drapés en 2024, puis sur des corps en costume-cravate ou en sweat à capuche en 2026, et la fable est revendiquée en même temps que retournée : « Dans mes tableaux, les animaux ne parlent pas. Ils ont remplacé les humains. » Grandville, dans Les Métamorphoses du jour, en 1829, coiffait déjà de têtes de bêtes des corps habillés à la mode de son temps, et les toiles de 2026 le rejoignent jusque dans l'actualité du vêtement, quand les nus de 2024 déplaçaient la satire du costume vers la chair, celle d'un corps féminin que Sirin Boubaker pense comme « un territoire : observé, jugé, désiré, réglementé et contrôlé ».

Dans Honor et Infamy, le diptyque de 2024, une même figure drapée, bras croisés, posée sur un fond bleu puis sur un fond orange, reprend la pose du portrait de cour à fraise, et à la place du visage flotte un crâne, « présence autonome, détachée du corps et suspendue dans l'espace », écrit l'artiste. Holbein cachait la mort en anamorphose au pied de ses Ambassadeurs, en 1533, pour qui savait changer de point de vue. Or elle a pris ici la place du modèle, et d'une toile à l'autre rien ne bouge que la couleur du fond et le titre, qui décide seul de quel côté de l'histoire tombe le portrait.

Drama donne son sens au titre de la présentation. Au centre, une figure à tête d'oie, en fraise et en drapé rayé, tend des mains vides en coupe, entre deux nus à tête d'oiseau noir assis dans des fauteuils d'apparat, dans la disposition frontale d'un président de tribunal entre ses assesseurs, devant une chaîne de montagnes bleues où rien ne se passe. Quelque chose a été prononcé, on ne sait ni quand ni par qui, et ceux qui l'ont rendu, ou subi, attendent, forts de ce que l'artiste appelle « notre capacité à nous habituer à tout ».

Les toiles de 2026 font de cette attente une conversation. Un crâne et un cygne noir s'y font face sur deux chaises jaunes, dans Dis, tu te souviens ?, puis s'allongent côte à côte, les mains sous la nuque, dans Et si nous restions encore un peu ?, tandis que dans Dis, quand reviendras-tu ?, qui porte le titre d'une chanson de Barbara de 1962, un dignitaire à tête d'oie attend dans son fauteuil doré pendant que deux femmes-cygnes s'envolent au-dessus de lui.

La question de la foire trouve sa réponse la plus directe dans How To Leave The World, peinte en 2025, où la peinture se défait en masses orange et noires griffées au crayon : un tampon « Refusé » s'y imprime en rouge sur un cachet de visa français, et la figure à crâne et à fraise d'Honor reparaît en bordure, à côté d'une question écrite en lettres noires, comment sortir du monde. Et si ces toiles partent d'une Tunisie quittée et d'une France habitée, elles regardent bien au-delà de ce trajet, vers des êtres qui ont, selon le mot de l'artiste, « simplement cessé de faire semblant d'être entièrement humains » et qui ne réclament au regardeur ni pitié ni indignation, seulement qu'il reconnaisse dans leur calme le sien.

Sirin Boubaker, Verdict, Menart Fair Paris 2026, Galerie Joseph-Turenne, 116 rue de Turenne, 75003 Paris, secteur Revealing, stand R5, du 23 au 25 octobre 2026, vernissage le 22 octobre.

Ouverture au public : vendredi 23 et samedi 24 octobre de 12 h à 20 h, dimanche 25 de 12 h à 19 h, dernière entrée trente minutes avant la fermeture, pré-ouverture VIP de 11 h à 12 h. Jeudi 22 octobre : preview collectionneurs, institutions et presse de 15 h à 18 h, vernissage sur invitation de 18 h à 22 h.

Sur le stand, trois toiles sont accrochées à la fois et renouvelées depuis la réserve. La série complète et ses prix sont sur cette page.

Œuvres de l'artiste