Manifeste

Armature : ce qui porte une forme et que personne ne voit.

Qu’est-ce qu’on regarde, quand on regarde une toile ? Ce qu’elle fait, ou ce qu’elle vaut ? On entre dans une toile par la couleur, on y reste pour ce qu’elle fait de nous, et l’on en sort avec quelque chose que l’on n’avait pas en entrant. Nous voulons que l’on puisse l’acheter dans le même ordre, la couleur d’abord, et que le prix, la provenance, le certificat et le transport soient réglés avant que la question du prix n’arrive.

Armature existe pour cela. Nous vendons des œuvres et nous n’avons pas de murs. Bruxelles, Tunis et Dakar sont nos points d’appui, et les œuvres vont là où on les regarde, à Londres, à Paris, au Cap, et plus loin.

Il y a deux récits pour une même toile. Celui de la cote, qui commence dans le lieu de la première exposition, passe par la collection qui achète avant les autres, par le nom de la galerie sur le cartel, par le chiffre garanti en salle des ventes, et finit par se raconter tout seul, sans l’œuvre. Et celui de l’œuvre, qui commence devant elle et ne finit pas. Nous avons regardé le premier d’assez près pour savoir qu’aucun artiste n’a prise dessus. Nous avons choisi le second.

Les prix sont publics, arrêtés avec l’artiste, et nous gardons toujours des œuvres à la portée d’un premier achat, parce qu’un collectionneur commence quelque part, et un artiste aussi. Nous tenons pour chacun un parcours daté, et nous signons ce que nous écrivons. Et nous laissons le temps faire le reste. Une œuvre va à quelqu’un qui la regarde, et un marché se construit à la vitesse d’une vie de travail. Un artiste n’appartient à personne, pas même à nous.

Nos artistes viennent de territoires où le marché n’a pas de siège, et ils n’ont pas attendu qu’il en ait un pour peindre. Ils font les œuvres, et nous faisons tout ce qui n’est pas artistique, une œuvre à la fois, dans les villes où le marché n’a pas de siège comme dans celles où il en a un.

L’artiste reste devant sa toile. Nous portons le reste, sous la forme, invisible, pour que le regard n’ait rien d’autre à faire que regarder.

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